LE must

Alcool et amour
Une histoire de plaisirs

Depuis l’Antiquité, l’alcool et l’amour s’enlacent, se mêlent jusqu’à l’ivresse. Poètes et autres philosophes ont, à travers les siècles, décrit la proximité des deux et leur côté indissociable. Compagnons fidèles des agapes, complices de l’intimité, ils se complémentent dans le plaisir et l’euphorie.|Par Patrick Lesort

Mais, attention, comme dans chaque ménage, il y a entre le vin et l’amour charnel une part d’ombre et de défiance. À nous de trouver la bonne recette afin de profiter dans les meilleures conditions de l’un et de l’autre… Rappelons seulement ce qu’écrivait Shakespeare : « Le vin attise le désir mais diminue la performance ». C’est donc un mariage d’amour qu’il faudra consommer avec la plus grande modération!

Nuit des temps

On le sait, le vin est indissociable de l’histoire de l’humanité. Il est le nectar des dieux et devient au cours des millénaires les larmes d’Horus puis le sang du Christ. Pour chaque civilisation, le vin représente la vie et la force. Le vin est aussi la boisson du courage avant la bataille depuis les Phéniciens jusqu’à Napoléon qui dira : « Pas de vin, pas de soldats! ». Et bien entendu, le vin est très vite considéré comme un puissant aphrodisiaque. Il suffit de voir le lupanar, la maison de débauche, de Pompéi où chambres et auberge se séparaient le lieu pour comprendre que le vin a toujours été le partenaire privilégié des jeux de l’amour.

Coup de foudre

Si le vin a été considéré très tôt comme un aphrodisiaque (à faible dose!), il l’est surtout grâce à sa faculté à supprimer les inhibitions. Le poète romain Horace dira même que « Le vin met à jour les secrets cachés de l’âme ». Les arômes captés par le nez risquent donc de déclencher bien plus que des sensations gourmandes! Et ce n’est pas un hasard que l’on puisse, comme pour une âme chère, avoir un coup de foudre pour un vin ou tomber amoureux d’un grand cru! Jeux de langage? Certainement, mais les sentiments que certains expriment pour décrire leurs meilleures bouteilles sont parfois assez similaires à ceux qu’ils peuvent déployer pour une belle personne : « Sa robe translucide, ses arômes de fleurs blanches, son caractère complexe, son corps parfait… » Et pour un vin plus masculin : « Il est corsé, enjôleur et bien charpenté… » Donc, sans plus attendre, ouvrez une bonne bouteille de bourgogne ou, pourquoi pas, un Saint-Amour si bien approprié, allumez quelques chandelles et laissez vous aller avec votre amoureux(se)!

Nuits d’ivresse

On le voit, le vin contribue à créer une ambiance heureuse et conviviale. Les langues alors se délient, les mots fusent, les désirs transparaissent. Et, s’il y a bien des endroits qui ont toujours représenté l’alliance du vin et du plaisir, ce sont bien les tavernes, l’exutoire des hommes fatigués de leur travail et l’antre de ceux en recherche d’aventures. Dès la Renaissance, les cabarets qui proposent nourriture et vin au pichet deviennent vite les lieux que les prostituées fréquentent. Associer le vin au plaisir charnel est d’ailleurs devenu une manière de vivre. Entre hommes, il est alors courant d’emmener ses amis chez « les dames ». Libertinage réservé, en peut s’en douter, à une certaine clientèle aisée. Plus populaires, les guinguettes du bord de Marne en région parisienne écoulent les petits vins régionaux. On y boit, on y fête, on y danse et l’on y va détrousser la belle au fil de l’eau et au son de l’accordéon. C’est la « Belle Époque » où le vin n’est pas encore élitiste et hors de prix. On en boit pour se désaltérer, pour fraterniser, pour rire, pour chanter, pour oublier sa dure vie de labeur. Enfin, le vin aide à tenir la cadence et à danser jusqu’au matin puis à tomber dans les bras de l’autre…

Champagne!

Depuis Casanova qui le servait afin de séduire ses nouvelles conquêtes, le champagne est devenu l’élixir des nuits de fêtes et de plaisirs; ses bulles, l’oxygène de l’amour. Dès le XVIIe siècle, le champagne coule à flots et devient un incontournable afin de fêter et de célébrer. Mais c’est bien aux Folies-Bergère, le célèbre cabaret parisien, que l’on doit l’engouement pour les bulles champenoises. Symbole de libertinage et de débauche, le bar de l’établissement a lancé la mode d’associer les plaisirs de la chair au champagne qui devient très vite le complice des amants, le compagnon des amoureux.

 

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