LE must

Le Club des petits déjeuners, nourrissant pour le corps et l’esprit!

Dédier sa vie à aider les enfants dans le besoin, telle allait être la quête de Daniel Germain, le fondateur du Club des petits déjeuners. L’ampleur qu’a prise le projet avec les années n’aurait sans doute pu être possible sans une équipe toujours grandissante de bénévoles dévoués et convaincus du bienfait de ce simple geste. Venez passer quelques heures avec l’équipe du Must dans le merveilleux monde de cette organisation. | Par Marie-Josée Morin

Rassasier la faim au creux de son ventre, se sentir en sécurité dans son corps et sa tête, puis satisfaire un cœur qui veut battre à l’unisson avec son coin d’univers, voilà comment bien commencer sa vie. Le Club des petits déjeuners offre un premier pas dans cette direction par un geste simple : préparer un bon petit déjeuner dans l’environnement des enfants, avec chaleur, respect et en tendant l’oreille aux petites histoires quotidiennes.

Il est six heures ce matin et Lucie est à son poste comme tous les jours depuis plus de 15 ans. Elle coupe des cubes de cantaloup en compagnie de son équipe de bénévoles. Une soixantaine d’enfants défileront bientôt dans les locaux de l’école Hubert-Perron de Longueuil. Aujourd’hui, vendredi, elle ajoute des ingrédients au menu. Ce qui reste de la semaine fera le bonheur des petits. La routine est installée depuis longtemps, les enfants entrent, prennent leur plateau et vont composer leur petit déjeuner. Un verre de lait ou un jus d’orange, des crêpes, des fruits, un yogourt et aujourd’hui, il y a aussi du pain aux raisins.

Chaque enfant trouve une place à côté d’un ami. Certains discutent, d’autres se laissent flotter sur les derniers nuages de sommeil, mais tous mangent tranquillement. L’atmosphère est feutrée, on s’y est habitué. Au Club des petits déjeuners, la journée commence en douceur. Chaque enfant est accueilli par son nom, dans un climat cordial.

Aujourd’hui, la matinée est un peu différente. L’équipe du Must est là. Alexandre s’émoustille devant la caméra. Lucie lui rappelle de ne pas oublier de manger : « Il se laisse facilement distraire », me confie-t-elle. Je m’assois à sa table avec six autres enfants. Je regarde les bénévoles et moule mes gestes aux leurs. Je coupe les crêpes, ajoute un peu de sirop et jase tranquillement. Mes nouveaux amis sont en première et deuxième année. Ils se demandent pourquoi nous venons les visiter : « On fait juste déjeuner. » Plus tard, en parlant de nos fruits préférés, une petite fille dit qu’elle préfère les fraises, même si elle n’a pas souvent l’occasion d’en manger à la maison. « Mon papa est parti parce qu’il n’avait pas sa carte (immigration). Quand il l’aura, on pourra manger plus souvent des fraises. » Alors, je lui dis : « Tu dois être contente quand il y des fraises au Club. » Elle me sourit en prenant une bouchée et fait signe que oui, puis on continue notre jasette. On ne fait que déjeuner…

Le cœur aussi grand que son entrepôt!
Nous rencontrons Yves dans son élément. Il nous guide à travers les palettes de son immense entrepôt. Si les lieux sont impressionnants, les trésors d’ingéniosité et d’imagination déployés pour faire plus avec ce qui est disponible sont passionnants. Notre guide nous explique comment ils sont allés cueillir la commande de pains, de croissants et de muffins anglais à deux heures du matin à la Boulangerie Gadoua, leur partenaire depuis 1994. Ces produits ont été cuits durant la nuit et, dès leur arrivée à l’entrepôt, on prépare les commandes de la journée.

« Vous savez, une école, ce n’est pas une industrie. Il n’y a pas de porte de garage et on ne peut pas livrer quand on veut. Il faut respecter la sécurité des enfants, alors on doit s’adapter. » S’adapter, c’est probablement le sport favori des employés du Club des petits déjeuners.

C’est lorsque l’on pose une question sur les plus petits frigos au fond de l’entrepôt que l’on commence à comprendre la dynamique. « Ce sont des réfrigérateurs qui ne servent plus, mais on les garde pour les pièces. Après 15 ans, les équipements ont parfois besoin de réparations. Comme ça, on évite de perdre du temps et de l’argent. »

Dans chaque école où le Club des petits déjeuners s’implante, l’équipement de base est installé; entre autres, un réfrigérateur industriel et un grille-pain rotatif. Ça, c’est le scénario classique. Yves nous fait voir des grille-pains plus petits sur une tablette en retrait, pour les écoles du Grand Nord. Certaines doivent s’alimenter en électricité par génératrice. « On n’ira pas prendre leur énergie », me dit-il. Alors, ces écoles ont des commandes spéciales avec un menu composé de moins d’éléments chauds tout en restant équilibré.

Un percolateur en attente sur la même tablette nous donne droit à une autre histoire. Dans certaines écoles de Montréal, souvent les plus vieilles, il n’y a pas d’eau chaude dans les locaux où sont servis les petits déjeuners. « Nous avons pensé fournir un percolateur pour chauffer l’eau afin que les bénévoles puissent faire la vaisselle et ça marche! »

Il y a aussi cette école qui n’a qu’un seul bénévole alors on lui allège la tâche en attendant de trouver d’autres personnes pour l’aider. Avant de mettre sa commande dans le camion, quelqu’un pense à ajouter des ustensiles en plastique. Ici, on est en mode solution!

 

Le Club des petits déjeuners est présent :

dans 1598 écoles réparties sur tout le territoire du pays,

pour 203 852  enfants canadiens chaque jour.

Avec l’aide de 3 500 bénévoles,

plus de 33 millions de petits déjeuners sont servis maintenant chaque année.

 

Les bénévoles, l’âme du Club des petits déjeuners

Au Club des petits déjeuners, le boulot de chacun est centré sur un seul objectif : le bien-être des enfants. Les bénévoles sont particulièrement dévoués. Il faut être convaincu des bienfaits d’un geste pour se lever si tôt le matin pour aller préparer et servir un petit déjeuner aux enfants. En 1994, ils étaient trois bénévoles à vivre l’expérience. Aujourd’hui, ils sont plus de 3 500 à renouveler, jour après jour, leur allégeance à la cause. Ce sont ces gens de cœur qui font la différence auprès des enfants. Malheureusement, les écoles défavorisées ne sont pas sur le point de disparaître alors le Club des petits déjeuners doit recruter encore et encore.

 

La pauvreté au Québec

Les écoles du Québec sont classées sur une échelle de 1 à 10 selon l’indice du milieu socio-économique (IMSE). Une école qui fait une demande pour ouvrir un Club des petits déjeuners doit se situer dans les rangs 8, 9 ou 10 (les 30 % plus pauvres). À titre d’exemple, sur le territoire de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), 80 des 120 écoles primaires correspondent à ce critère. Il y a donc deux écoles de la CSDM sur trois qui font partie des 30 % plus pauvres du Québec.

Source : Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Indice de défavorisation 2010-2011.

Une nouvelle initiative, Adoptez une journée au Club!, a été mise sur pied pour impliquer les entreprises. Parmi les nouveaux bénévoles corporatifs, il y a Ubisoft et sa trentaine d’employés. Grâce à leur nouvelle collaboration, le Club a pu desservir une nouvelle école et, en quelques mois, le personnel enthousiaste a même organisé une collecte de fonds. Ils ont amassé 97 000 $ et ont permis d’ouvrir quatre nouveaux Clubs! Encore un exemple du petit pas qui en amène un autre, un exemple cher à Daniel Germain, le fondateur du Club des petits déjeuners.

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