LE must

L’Italie que j’aime

Je venais à peine d’entrer en Italie que tout m’apparaissait différent de la France d’où je partais. Pourtant, seul un tunnel sépare le foie gras de la France et la pasta ou la nonna de l’Italie. | Par Philippe Mollé

 Depuis quelque temps, les petites et nouvelles Fiat redonnaient aux autoroutes du Piémont un autre visage. À travers les collines et les vignobles qui embellissaient mes pensées, c’est dans la vallée du Pô que je me suis posé durant mon voyage. Cette plaine unique et fertile qui couvre le Piémont, la Lombardie, l’Émilie Romagne et la Vénétie est riche en culture. Le bassin du Pô comprend le Trentin et la Vallée d’Aoste, des régions propices au tourisme, mais aussi riches et abondantes de leur gastronomie régionale.

Le Piémont et sa gastronomie unique

Charcuteries fines et goûteuses, truffe blanche d’Alba, vins et Grappa, riz, fruits, fromages, etc., tout existe dans cette grande région de l’Italie bien connue pour son Nutella. Dans le prolongement des vignes figées en étages, on retrouve, tout au bas de nombreux noisetiers, la noisette du Piémont, un produit d’exception réputé et connu des grands chocolatiers du monde entier.

En arrivant à Cocconato, dans la région du célèbre vin d’Asti, du Barolo et du Barbaresco, mon ami Roberto Bava m’attendait sur la place de Cocconato. C’est un petit village presque perdu dans les vignes du Piémont, où les mamas font encore leurs courses en tablier, où tout s’arrête à l’heure du midi afin de respecter la messa ou le sacre du repas. Roberto procure du travail à une grande partie du village et aux alentours. Tous les habitants lui vouent un culte d’amitié, presque fraternel, qui dépasse le fait d’un simple employeur.

Rien n’est vraiment compliqué au Piémont, une région qui se comporte bien malgré la crise et qui profite de cette vallée si riche mise en valeur par les moines cisterciens du XVe siècle. Le riz que l’on y cultive est unique. Il embellit le risotto comme on le sert en final lorsque cuit dans une meule de Grana évidée et que l’on gratte pour crémer le risotto. Les repas s’éternisent après le primi piatti de pâtes, viennent les antipasti, puis le poisson, la viande et le risotto, le fromage, et souvent le Bonèt (bonnet), un flan au chocolat avec amaretti que l’on sert avec l’Asti spumante. En Italie, manger fait partie des mœurs et refuser un repas est une atteinte à la joie de vivre et aux valeurs.

Roberto m’a invité à visiter sa cave. Elle renferme des milliers de bouteilles de réserve des différents crus de la région, mais aussi de millésimes de réserve qui semblent s’endormir dans la pénombre des caves. Plus encore, Roberto me fait découvrir les vins qui seront présentés au Vatican comme vin de messe pour le pape. Fascinant ! Les murs, des étiquettes aux multiples noms bibliques, représentent les diverses présentations de vins faites au Vatican depuis de nombreuses années.

Le champignon magique

Non loin de Cocconato se trouve Alba, une petite ville de 32 000 âmes, truffée de ce champignon magique pouvant valoir jusqu’à plusieurs milliers de dollars! Sans aucun doute, la truffe blanche d’Alba est un des produits alimentaires parmi les plus chers du monde avec le caviar et le safran. Son parfum euphorique, enivrant et unique procure chez les adeptes du risotto une jouissance inégalée. Durant la saison hivernale, à l’aide d’une mandoline affûtée, on tranche finement la truffe en copeaux, que l’on ajoute aux pâtes, au riz et parfois aux pommes de terre pour atteindre l’orgasme gastronomique.

Les Italo-Montréalais encore attachés au pays et aux traditions régionales savent bien que ce champignon magique est pratiquement inaccessible aux familles italiennes du Québec. Si son prix est déjà élevé en Italie, il l’est d’autant plus une fois arrivé par avion dans notre province.

L’Italien d’à-côté

La belle boutique Nicola Travaglini, située proche du marché Jean-Talon, regorge de produits fins en provenance de la mère patrie. Il est de ceux qui défendent autant l’authenticité du vrai jambon de Parme que celle des huiles d’olive italiennes, et il n’hésite pas à se porter à la défense des indications géographiques protégées (Indicazione Geografica Protetta ou IGP) lorsqu’on parle de fromages. Pas question de remplacer une mozzarella de bufflonne par un simili fromage fabriqué à partir de lait de vache canadienne. Pourtant, il rivalise largement avec l’Italie durant le temps des fêtes en confectionnant sur place un des meilleurs panettones jamais mangés.

À la fameuse Baie des fromages sur la rue Jean-Talon à Montréal, on mise sur la qualité plus que sur la quantité. J’ai eu un véritable coup de cœur il y a plusieurs années en découvrant le Reggiano : une mortadelle vieillie de trois ans importée d’Italie, ou encore un vrai vinaigre balsamique arrivé de Modène (Appellation d’Origine Protégée ou AOP), laissant en bouche la subtilité et les saveurs d’un grand produit du monde.

Face à la nostalgie qui accompagne souvent mon retour dans la grisaille de Montréal, j’aime bien aller retrouver les fameux maraîchers Birri au marché Jean-Talon. Aussi, je vais faire un tour au Café Olympico, sur la rue Saint-Viateur, avec les acharnés de soccer pour savourer un café à l’italienne comme seuls les Italiens savent le faire. Puis, un peu plus loin, j’aime m’arrêter à chaque retour de voyage pour assouvir mes péchés en savourant une boisson chaude au Café De’Mercanti, en compagnie de l’inimitable Gianni, un Italien né ici, qui raconte si bien sa « belle Italie ». Il faut aussi absolument voir La Petite Italie de Montréal au moment du Grand Prix de la Formule 1, brillant sous la couleur rouge de Ferrari et le drapeau d’Italie.

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