LE must

La résurrection d’une tradition

De l’Antiquité jusqu’à nos jours, l’histoire de la pomme et du cidre a suivi les migrations de l’homme. Au Québec, elle est calquée sur celle de la province. Après des périodes noires, la cidriculture québécoise revient en force. | Patrick Lesort, sommelier

Depuis une vingtaine d’années, le cidre québécois sort de l’oubli. Désormais, les cidriculteurs sont légion et la consommation en constante hausse. Tradition arrivée avec les premiers colons, la production de cidre n’a toutefois jamais cessé au Québec malgré les interdits.

La traversée de l’Atlantique
Héritage français par excellence, la production du cidre était particulièrement florissante en Normandie et en Bretagne, d’où sont venus plusieurs de nos ancêtres. On rapporte que Jacques Cartier lui-même aurait ramené avec lui des tonneaux de cidre normand en 1534. On note que le premier pommier est planté à Québec en 1617 (précisément !). Très vite les pommeraies voient le jour autour de la cité, et bientôt sur l’Île d’Orléans. En 1670, les frères Sulpiciens envoyés sur l’île de Montréal créent un verger sur le versant sud du mont Royal. Dès lors les pommeraies voient le jour tout d’abord à Lachine, sur l’Île Sainte-Hélène, à Rougemont, à Hemmingford puis, au fil du temps, un peu partout dans la province. De nombreuses fermes font alors leur propre cidre.

La conquête de la bière
En 1760, la conquête britannique change bien les choses. Favorisant l’importation des alcools britanniques et du rhum antillais, la politique décourage la production artisanale du cidre. Seuls quelques-uns résistent, les autres deviennent illégaux. La bière prend alors toute l’importance qu’on lui connaît encore aujourd’hui. La période noire du cidre est commencée.

Un référendum oublié
En 1919, on instaure, la prohibition, interdisant comme on le sait, la vente de produits alcoolisés. Au Québec, celle-ci ne dure que deux ans. En effet, en 1920, les Québécois se prononcent par voix de référendum afin que la bière, le cidre et les alcools légers soient retirés des produits interdits à la vente et la production. Ce vote fut pourtant « oublié » par les législateurs en 1921. À la même époque, on voit naître la Commission des alcools (ancêtre de la SAQ), où l’on vendra de la bière et de l’alcool. Ce sera, de facto, la fin de la prohibition. Mais le cidre demeure dans le néant juridique : sa vente et sa production continueront d’être illégales.

Du tord-boyaux au cidre de glace
Ce n’est que 50 ans plus tard, en 1970 que la production du cidre est autorisée. Comme les permis ne sont octroyés que pour la production industrielle, le cidre devient synonyme de tord-boyaux et plusieurs producteurs artisanaux effacent même de leurs étiquettes le mot cidre devenu péjoratif ! Il faudra attendre 1988 pour avoir enfin les premiers permis de production artisanale avec l’autorisation de vendre leurs produits en direct, dans les foires et les restaurants. En 1989, le premier cidre artisanal arrive sur les étagères de la SAQ et, la même année, le premier cidre de glace est élaboré par Christian Barthomeuf à Dunham.

Ce sera finalement en 2008 qu’un règlement sur le cidre est enfin adopté par l’Assemblée nationale du Québec ! Mais, rien n’est final et, à l’instar des vignerons, les cidriculteurs du Québec se battent pour continuer à avoir le droit de vendre leurs produits dans les foires et les marchés, un droit remis en cause par la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec et toléré jusqu’en janvier 2011. Histoire à suivre…

À savoir
Connaissez-vous le cidre rosé ? Produit par quelques entreprises québécoises, ce cidre obtient sa belle couleur non pas grâce à la pelure, mais grâce à la chair rouge de la pomme. Pour sa production, on utilise le plus souvent la pomme Geneva.

 

À découvrir

Crémant de pomme du Minot

Cidre mousseux | Québec, Hemmingford

Code SAQ : 00245316 | Prix : 11,95 $

Premier cidre sur les tablettes de la SAQ en 1989, ce classique de la Cidrerie du Minot est indémodable. Toujours d’une qualité exemplaire et d’une douceur de goûts et de bulles, il sera excellent en apéritif ou en dessert. Peu alcoolisé (2,5 % d’alcool), il ne fera pas tourner les têtes.

 

Avalanche, Clos Saragnat

Cidre de glace | Québec, Frelighsburg

Code SAQ : 11133221 | Prix : 27,45 $

D’une belle couleur caramélisée, ce nectar est signé Christian Barthomeuf, le créateur du premier cidre de glace au Québec. Vif malgré la sucrosité, minéral malgré le fruité, il dégage des odeurs de miel et de pomme caramélisée et de compote d’abricots. Un must, pour terminer un repas.

 

Dégel, La Face Cachée de la Pomme

Cidre tranquille | Québec, Hemmingford

Code SAQ : 10661486 | Prix : 13,05 $

Un cidre demi-sec sans bulles qui sera une alternative originale à bien des vins blancs. Un très bon accord avec les sushis, les fromages à pâtes molles ou les viandes blanches. À essayer avec un rôti de veau dont la sauce aura été rallongée avec le même cidre pendant la cuisson.

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