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L’esthétisme de l’assiette japonaise

Le Japon, ce pays tout en contrastes alliant tradition et modernité, où les dédales de ruelles millénaires côtoient les tours à bureau démesurées. Archipel fascinant qui pique la curiosité tant pour la culture locale que pour la gastronomie. Voyager au pays du Soleil Levant, c’est aller à la rencontre d’un esthétisme à la fois varié et sobre qui a sa place dans toutes les sphères de la vie, à commencer par l’assiette. | Par Charline-Ève Pilon

Toute personne mettant les pieds en terres nippones ne peut faire autrement que de vivre une fascination pour ce peuple qui conserve une singularité et une unicité. Les habitants y sont gentils et extrêmement courtois. Le pays est d’une grande beauté et le souci du détail se retrouve partout. Au fil du temps, les Japonais ont développé un raffinement qui est présent dans tout. La cérémonie du thé, les jardins zen, l’Ikebana (l’arrangement floral japonais) et l’origami (l’art du pliage) en sont de bons exemples.

Ils vont porter une attention particulière à leur tenue vestimentaire, à l’emballage des colis, des cadeaux et aussi à la présentation de la nourriture. Au Japon, s’alimenter n’a rien de banal et ça fait partie intégrante de la culture. On retrouve partout dans les grands magasins l’importance de la présentation. Certains y verront d’ailleurs du « suremballage », et les écolos pourraient critiquer ce gaspillage.

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La quête du beau

Le pays est fait de règles et de traditions bien précises dans l’assiette. La cuisine japonaise traditionnelle est centrée sur le riz, qui est servi avec de la soupe de miso, du poisson, des légumes fermentés, du tofu froid, une omelette japonaise et du soja fermenté. Elle allie saveur et art de la présentation. Le repas japonais consiste souvent à cuisiner différents plats qui seront partagés par les convives. Normalement, de quatre à cinq mets chauds ou froids sont dégustés simultanément et sans ordre défini. Bien évidemment, les baguettes sont au programme et l’étiquette à table est de mise.

Bonheur gustatif

Les modes de préparation, de cuisson et de consommation constituent un art véritable. L’équilibre des goûts et des couleurs, des textures et des odeurs ainsi que le respect des saisons, tant par le choix des aliments que pour la vaisselle choisie, prévalent au Japon.

On pense notamment au Bento (boîte à lunch) qui se caractérise souvent par des formes et couleurs et sa présentation très soignée. Ce terme japonais désigne le repas rapide ou casse-croûte contenu dans un coffret pris sur le pouce, mais aussi une façon de présenter le plat unique et extrêmement populaire au Japon. Le principe est de mettre l’intérieur du contenant aussi beau que la boîte. Tout à coup, le repas se transforme en tableau. Même chose pour le Kaiseki Ryôri, ensemble de mets traditionnels très raffinés, dans lequel se marient bouquets et saveurs, au plaisir visuel.

Le ramen, cette soupe de nouilles d’origine japonaise prend des heures à préparer. Ce qui le rend sympathique, c’est que contrairement à toutes sortes d’autres plats japonais dont les préparations doivent suivre des règles assez strictes, le ramen, lui, permet de sortir du cadre un peu. Cette soupe se décline de mille façons, de la plus basique à la plus recherchée. À la base, un bouillon ; de porc, de poisson ou de fruits de mer, ensuite aromatisé au soja ou au miso, et dans lequel on ajoute des nouilles aux œufs et au blé. Ou encore nouilles udon ou soba. On agrémente généralement la soupe d’algues, de légumes, de viande, d’œufs.

Impensable de parler de l’alimentation au Japon sans mentionner le marché Tsukiji à Tokyo qui est le plus grand marché de poisson au monde, et aussi le plus populaire. Tous les jours, plus de 2 000 tonnes de produits de la mer y sont transigées. Si l’on souhaite assister aux enchères du thon, qui débutent à 4h du matin, il faut obtenir une autorisation afin de ne pas gêner le travail des marchands, mais l’expérience en vaut la peine. On y retrouve certains des meilleurs restaurants de sushis de la ville. Ce plat de riz qui a été maintes fois repris à travers la planète est, à la base, accompagné de poisson cru, cuit ou marinée, d’algues, de crustacés, de légumes ou d’œufs.

Le vrai du faux

L’alimentation est tellement importante au Japon qu’une industrie y a vu le jour au début du siècle dernier, le Sampuru : la nourriture en plastique. La plupart des restaurants ont des vitrines dans lesquelles vous trouverez de la nourriture en plastique. Ces faux plats exposés donnent un aperçu rapide du menu de l’établissement depuis la rue avec un réalisme des plus appétissants. Cette entreprise colossale rapporte plus de 80 milliards de yens (plus de 900 millions $ canadien) chaque année.

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Variété et sobriété

La nourriture japonaise offre des possibilités infinies. Encore aujourd’hui, elle est grandement ponctuée par le rythme des saisons et a été modifiée au fil du temps en raison des contraintes agricoles, forçant du coup la découverte de nouveaux produits. Toutes ces modifications lui confèrent les caractéristiques que nous lui attribuons aujourd’hui et qui font sa réputation à travers le monde. Un pays qui vaut clairement le détour, à commencer par le raffinement de sa cuisine.

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