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Les colorants: parce qu’on mange d’abord avec les yeux

Les colorants, naturels et artificiels, sont bien présents dans notre panier d’épicerie hebdomadaire. Que l’on en soit conscient ou non, l’apparence des produits, tout comme leur emballage, guide nos choix. Alors que plusieurs s’inquiètent de leurs répercussions sur l’hyperactivité chez les jeunes, par exemple, nous nous devons de nous demander de quoi aurait l’air le contenu de notre assiette sans eux. Sommes-nous vraiment prêts à nous en passer?| Par Patrick Lesort

En 2007, une étude britannique parue dans la revue médicale The Lancet soulevait le lien entre la consommation de colorants alimentaires et l’hyperactivité chez les jeunes. Le Royaume-Uni réagit immédiatement en interdisant l’usage de plusieurs colorants. Alors que la plupart des pays européens, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis possédaient déjà un système d’étiquetage alimentaire qui affichait le nom des colorants, le Canada, qui proposait une nouvelle réglementation en 2010, n’a encore rien mis de l’avant de façon officielle. Des spécialistes de divers secteurs répondent à nos questions pour tenter d’y voir plus clair.

Les colorants alimentaires sont-ils dangereux pour la santé humaine?

Sylvie Turgeon professeure au Département des sciences des aliments et de nutrition et directrice du Centre de recherche STELA, Université Laval : À ma connaissance, les colorants artificiels ne sont pas dangereux, car même les études récentes (comme celle publiée dans Lancet) n’ont pas permis d’identifier l’effet spécifique des colorants sur les individus, même s’il semble que certains puissent y être plus sensibles. Les travaux restent en cours pour préciser les mécanismes impliqués. En attendant, Santé Canada propose d’identifier clairement les colorants présents dans les aliments afin d’éclairer les consommateurs.

Ariel Fenster – professeur-chercheur au Département de chimie à l’Université McGill et membre fondateur de l’Organisation pour la science et la société (OSS): Au Royaume- Uni, selon certaines études, les colorants synthétiques ont été associés à des phénomènes d’hyperactivité chez les jeunes. Mais d’après moi, les risques sur la santé humaine sont plutôt mineurs et les recherches ne font pas l’unanimité chez les scientifiques. De plus, les colorants artificiels se retrouvent le plus souvent dans des produits alimentaires qui ne sont déjà pas très bons pour la santé. Le sucre et le gras ont sans doute des conséquences plus graves pour la santé qu’un colorant, même synthétique.

Quelle est la différence entre un colorant naturel et artificiel?

Sylvie Turgeon : Le Règlement sur les aliments et drogues classe les colorants alimentaires en trois catégories : les colorants naturels (ex. : caroténoïdes, anthocyanines), synthétiques (rouge allura, amaranthe, érythrosine, indigotine, jaune soleil FCF, tartrazine, bleu brillant FCF, vert solide FCF, rouge citrin no 2, ponceau SX) et non organiques (noir de fumée, charbon de bois, dioxyde de titane).

Santé Canada : Selon le Règlement sur les aliments et drogues, « colorant synthétique » désigne un « colorant organique, autre que le caramel, qui est produit par synthèse chimique, qui n’a pas son équivalent dans la nature ». Les colorants naturels peuvent être extraits de matières présentes dans la nature ou obtenus par synthèse et sont identiques à leurs équivalents trouvés dans la nature (par exemple le bêta-carotène).

Le paprika et le curcuma sont réglementés comme additifs lorsqu’ils sont utilisés pour colorer les aliments. – Santé Canada 

En Europe, différentes sources d’anthocyanes sont déjà très largement utilisées comme solutions de rechange naturelles aux colorants synthétiques rouges. Les anthocyanes sont des pigments naturels solubles dans l’eau des feuilles, des pétales et des fruits de certains végétaux tels : myrtille, mûre, cerise, aubergine, pomme de terre vitelotte, chou rouge, etc. Ils permettent d’atteindre une palette infinie de couleurs pures, vibrantes et cristallines, des rouges les plus orangés jusqu’au bleu. – Naturex 

On parle beaucoup d’intolérance pour certains colorants (azoïques) comme la tartrazine par exemple qui causerait de l’hyperactivité et des troubles d’attention chez les enfants. Par contre, n’y a-t-il pas de risques d’allergie avec des colorants naturels?

Santé Canada : Les colorants azoïques sont des colorants synthétiques qui, en général, confèrent une tonalité jaune, orange ou rouge aux denrées alimentaires. Au Canada, six colorants azoïques sont permis dans les denrées alimentaires : le rouge allura, l’amarante, le rouge citrin, le ponceau SX, le jaune orangé et la tartrazine.

Bien que les réactions indésirables potentielles aux colorants alimentaires soient liées principalement à des colorants synthétiques, il convient de mentionner que des effets indésirables liés aux colorants naturels sont également répertoriés dans la littérature scientifique. Le rocou, le safran et, surtout, le carmin (extrait de cochenille) sont particulièrement reconnus pour induire de réactions allergiques vraies (qui font intervenir des anticorps anti-IgE) et ils ont, dans de rares cas, provoqué des réactions anaphylactiques. Le rocou est un pigment jaune-orangé extrait des graines d’un arbre (Bixa orellana). Le safran est une épice et un colorant alimentaire de tonalité jaune extrait d’une fleur (Crocus sativus). En plus de causer des allergies chez certaines personnes, il peut se révéler toxique lorsque ingéré en grande quantité. Le carmin est un pigment de tonalité rouge qui découle d’un insecte desséché et qui est souvent utilisé dans les cosmétiques et les aliments. On croit que les effets allergiques de ces colorants alimentaires sont attribuables à une contamination ou à des protéines résiduelles provenant de la plante ou de l’insecte.

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