LE must

5 femmes qui ont changé le visage de l’alimentation

À l’occasion de la Journée de la femme, LE must vous présente 5 femmes inspirantes qui ont fait leur place dans le domaine de l’alimentation. En entrevue, ces femmes parlent de leur passion, de leur vie et de leur rêve. Chose certaine, ces femmes occupent toujours un rôle aussi important.| Par Marie-Josée Morin

Josée di Stasio et la magie de la cuisine

Elle a fait cuisiner les Québécois, en couple, seuls ou en famille, avec son livre ou devant la télé. Elle a donné envie aux gens d’essayer une recette, de goûter à un nouveau produit ou simplement de sortir voir les étalages des marchés. Elle dira : « C’est grâce à la magie de la cuisine, ça rapproche les gens ! » C’est aussi sa gentillesse et à sa simplicité. 

La curiosité et l’effet rassembleur : « J’ai cuisiné très jeune avec ma grand-mère le dimanche matin parce qu’elle recevait tout le monde l’après-midi. Puis, en voyage, je découvrais les marchés pour connaître la culture. Juste en regardant les étiquettes de produits, on est ailleurs ! J’ai toujours été curieuse; pour moi, la cuisine, c’est une façon de rassembler et une façon de m’exprimer. »

Les femmes : «Dans la cuisine familiale, la femme porte encore le rôle de transmission des recettes. Dans l’industrie, les femmes sont très présentes et chez les artisans aussi. C’est très inspirant. »

Une fierté : «L’authenticité. Je suis fière d’avoir suivi mon rythme. Le cadeau, c’est de me sentir accompagnée, entendue et reçue. Je suis nourrie par cet échange ! On revient toujours à la nourriture ! Je suis fière d’être restée authentique et accessible en ne faisant pas du surplace. »

Un rêve : «Très jeune, j’avais un rêve, celui de faire un livre. C’est un objet qui allie tout : la cuisine, la photo et l’esthétisme. Maintenant, je vis dans le présent. Je profite au maximum de l’accueil qu’on réserve à mes livres et à mes émissions. Une fois que cette étape sera terminée, je vais me poser et prendre ce qui viendra. Le quoi et le comment vont se dessiner au fur et à mesure. Au fil des rencontres, des expériences, je continue à suivre le courant. Ce qui précède met la table pour ce qui viendra, je ne connais pas encore le menu ! »

Isabelle Huot, de l’éducation à la nutrition

Ces dernières décennies, nos connaissances en nutrition ont évolué de façon exponentielle. Plus que jamais, nous avons besoin de vulgarisateurs pour rendre ce lot d’informations plus digestes ! Isabelle Huot est une personne-ressource précieuse pour les Québécois. Titulaire d’un doctorat en nutrition et habile communicatrice, elle est la courroie de transmission de l’éducation à la nutrition. 

Aider les gens: « Quand je suis allée en nutrition, c’était le volet international qui m’intéressait. Je voulais aider des populations défavorisées. J’avais déjà commencé des études en psychologie, alors la relation d’aide était au centre de mes intérêts. Pendant ma maîtrise et mon doctorat, je suis allée faire de la recherche à l’étranger et plusieurs fois à l’OMS. Parallèlement à ça, j’ai travaillé en communication pour payer mes études et un contrat en a amené un autre, et maintenant, c’est ici que je conseille les gens ! »

Les femmes : « Les femmes se sont toujours préoccupées du contenu de leur assiette, peu importe l’âge. Plus jeunes, c’est l’alimentation de leurs enfants, alors que plus tard, c’est le calcium et l’approche de la ménopause qui les intéressent. Louise Lambert-Lagacé a d’ailleurs commencé à parler du défi alimentaire de la femme dès 1988. Je continue à faire des conférences sur bien manger au féminin et je sens l’intérêt des femmes. »

Une fierté: « Présentement, je suis fière d’être une femme d’affaires en plus de continuer mon travail de clinicienne et de communicatrice dans les médias. En surface, rien n’y paraît, mais pour moi, c’est tout un changement ! J’ai dû monter un plan d’affaires, engager des gens, me familiariser avec la gestion pour créer Kilo-Solution. »

Un rêve : « Je voudrais que Kilo-Solution devienne la référence en matière de perte de poids saine et équilibrée au Québec. J’aimerais changer les choses dans la pandémie d’obésité autour de nous. »

 

 

Anne Desjardins et mettre le terroir en valeur

L’application d’Anne Desjardins à mettre en valeur les produits et les artisans locaux a sans doute contribué à faire de son restaurant, L’eau à la bouche, un Relais Gourmand de 2001 à 2012. Déjà décorée Chevalier de l’ordre national du Québec, elle préside un groupe de travail sur les appellations réservées et les produits du terroir qui portera son nom. Chef de renom, elle est une pionnière dans l’utilisation et la promotion des produits de notre terroir. 

Le territoire et un peu de magie ! «J’ai toujours été fascinée par le territoire et la façon dont les populations se l’approprient. Elles doivent l’habiter et manger trois fois par jour. Toute jeune, je voyageais avec mon père et j’étais fascinée de voir dans un climat semblable des habitudes alimentaires différentes. Je suis donc devenue géographe et chef ! »

Les femmes : «J’ai été chanceuse, je n’ai pas subi d’ostracisme; la petite cousine du Québec était bienvenue et pas menaçante, parce que la cuisine, c’est aussi une chasse gardée. Je pense qu’en France, c’est encore lourd pour une femme en cuisine, mais en Amérique du Nord, la mentalité est différente.»

Une fierté : «D’avoir fait avancer la charrue pour permettre à l’agroalimentaire de se démarquer. Les petits producteurs, les produits locaux, les gens, les citoyens, ce brassage a permis de réaliser qu’on est capable et qu’on a des produits formidables qui nous ressemblent, qui reflètent notre nordicité et notre terroir. Je souhaite que cet élan continue !»

Un rêve : «Moi, je voudrais explorer l’agroalimentaire de la planète ! Découvrir des territoires et des façons de l’habiter. L’humain est fascinant dans sa façon de s’adapter.»

 

 

Soeur Angèle et la transmission du savoir

Simplement à nommer son nom et l’écho de son accent italien résonne dans nos mémoires. Sœur Angèle est un concentré d’énergie et de connaissances culinaire qu’elle nous a transmis pendant des décennies à la radio, à la télé et comme enseignante à l’ITHQ. Sœur Angèle a accompagné le Québec dans l’évolution de son identité culinaire. 

Réussir avec peu à nourrir la familia : «Je regardais ma mère cuisiner, elle allait dans le jardin et utilisait ce qui était autour. Je me souviens de fleurs d’acacias qu’elle avait goûtées puis elle en avait fait une pâte et c’était bon. Elle disait si les animaux en mangent pourquoi pas nous en ces temps difficiles. Quand tu cuisines, tu peux prendre soin de beaucoup de monde.»

Sœur aux pâtes : «J’ai enseigné 16 ans au centre de recherche à l’ITHQ. Je suis la première à y avoir fait des pâtes alimentaires, on m’appelait la sœur aux pâtes! J’avais amené une vieille machine et on faisait des fettucchine avec le couteau du chef! Je voulais aussi faire connaitre d’autres légumes. Pour les aubergines, on me disait «ça mange quoi en hiver!» Je me vois encore dans un champ à Mirabel où on cultivait des courgettes et des aubergines. J’avais fait une démonstration avec les fleurs de courgettes farcies aux aubergines dans une pâte à crêpe. Finalement, ce sont les aubergines marinées qui sont passées plus facilement … pour accompagner la tourtière!»

Une fierté : «Je suis fière d’être entrée chez les sœurs. La foi aide beaucoup à garder l’intensité du présent, à garder l’être humain au centre de nos actions. Chaque personne a commencé un jour à marcher, à parler et à souffrir, il n’y a pas de distinction. Tout le monde mérite le respect.»

 Un rêve : «Il y a 3 choses qui n’a pas de frontières, la gastronomie, la musique et l’amour. C’est la grandeur de la vie. Mon rêve serait de voir les gens prendre conscience de bien se nourrir et de faire des choses saines. Il ne faut pas oublier aussi d’aller voir le médecin une fois de temps en temps!»

 

 

Renée Frappier, manger santé et vivre vert

Elle a une voix douce et un message clair. Sans se lasser depuis 40 ans, elle fait la promotion d’une alimentation saine, de plus en plus végétarienne, biologique, locale et éthique au Québec. Enseignante, auteure de 5 volumes de référence en alimentation saine vendus à plus de 200 000 exemplaires, Renée Frappier continue d’éduquer,notamment à travers l’Expo Mager santé et Vivre vert qui revient cette année pour une 20e édition.

 L’étincelle :  «Je n’aimais pas la viande! Il y a 40 ans,  il fallait être créatif pour arriver à se nourrir sans viande! C’est probablement ce qui a fait que j’ai travaillé toute ma vie à rendre plus accessible la nourriture saine. En commençant à faire du yoga, j’ai retenu une phrase qui me suit toujours : tu es ce que tu manges.  Tes choix alimentaires ont des répercussions sur ton corps et ton environnement. J’ai vécu 10 ans à la campagne à côtoyer des agriculteurs conventionnels et d’autres qui faisaient de l’exploration biologique. Le fait de se rapprocher de la nature fait réaliser que tout est relié.»

 Les femmes: «J’ai travaillé en majorité avec des femmes. Peut-être parce qu’elles sont plus proches de leur corps et que ce sont elles qui enfantent. Porter un bébé, ça change le regard sur ce que tu manges! Elles influencent sans doute les hommes puisque la relève en agriculture biologique au Québec, ce sont souvent de jeunes hommes!»

Une fierté: «D’avoir participé à construire des outils d’éducation dynamiques qui sont porteurs d’un message d’une logique incontestable : le bio-logique, la logique du vivant! L’expo Santé Vivre-vert C’est une façon festive de rassembler des gens qui se sentent concernés par leur santé et celle de la planète. Le site internet de l’association manger santé bio qui est accessible partout et en tout temps avec près de 200 000 visites par mois et mes livres.»

Un rêve: «De voir naître un programme d’éducation à la nutrition de la maternelle jusqu’à la fin du secondaire. Enseigner aux jeunes des notions d’agriculture pour créer un lien avec la terre, des notions de nutrition pour faire le lien avec le corps et relier le tout en développant une pratique culinaire saine.»

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