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Le cannabis dans notre assiette – Partie 2

Cannabis alimentaire

Le cannabis dans notre assiette – Partie 1

Crème glacée, limonade sucrée… dis-moi le nom du produit de cannabis que je pourrai consommer?

Il y a un an, le Canada devenait le premier pays du G7 à légaliser le cannabis non médicinal. Un an plus tard, les consommateurs québécois intéressés attendent de pouvoir se procurer les nouveaux produits comestibles à base de cannabis. Ça ne se fera peut-être pas comme ils l’auraient espéré et bien des producteurs ne savent plus sur quel pied danser. | Par l’équipe du Must en collaboration avec Sylvain Charlebois

La situation n’est pas évidente pour les producteurs de produits comestibles du cannabis. Les intéressés désirent se préparer à répondre à la demande à venir, mais doivent s’adapter aux règles qui diffèrent selon le lieu où ils commercialiseront leurs produits.

En effet, si le cadre réglementaire fédéral présenté à la mi-juin 2019 fixe la quantité maximale de THC permise dans le cannabis comestible à 10 mg par emballage, le projet de règlement du gouvernement Legault fait une distinction entre les produits solides et liquides.

Ainsi au Québec, un produit de cannabis comestible vendu sous forme liquide au Québec ne pourra contenir plus de 5 mg de THC par emballage. Dans le cas des produits sous forme solide, la limite de THC permise sera de 10 mg par emballage. La quantité de THC de chaque « portion unitaire distinguable » d’un produit de cannabis comestible sous forme solide ne pourra toutefois pas dépasser 5 mg.

Le projet de règlement québécois prévoit également  limiter la concentration des produits de cannabis à 30 %, à l’exception des produits de cannabis comestibles.

La demande de cannabis plus forte que le marché

Tous se souviennent encore de la rupture de stock de la SQDC au lendemain de la légalisation du cannabis. La situation pourrait se reproduire à nouveau en décembre devant le peu d’enthousiasme des s entreprises canadiennes à s’investir dans ce type de marché.

Pourtant, il s’agirait d’une industrie potentiellement rentable si l’on se fie à la projection de la firme-conseil Deloitte qui estime que cette seconde phase de la légalisation du cannabis pourrait donner lieu à un marché de 2,7 milliards de dollars à l’échelle du pays.

Le marché canadien potentiel pour le cannabis est énorme si l’on en croit une autre étude publiée au printemps dernier qui mentionnait que 93 % des consommateurs favorables à la légalisation du cannabis essaieront au moins un produit comestible, une fois légalisé. La curiosité est donc au rendez-vous et tout cela est loin d’être inintéressant pour un producteur déjà en affaires ou pour une entreprise en démarrage.

Pourtant, si l’arrivée du cannabis à des fins récréatives offre à l’industrie agroalimentaire une chance en or de développer un marché inexploité jusqu’à maintenant,  le niveau d’enthousiasme dans le domaine du prêt-à-manger et des produits alimentaires a plutôt été timide jusqu’à maintenant.

Du potentiel dans les breuvages

C’est dans le secteur des breuvages que l’intérêt a été le plus manifeste. Certaines entreprises telles que Molson Coors et Constellation Brands (fabricant de Corona) ont investi des milliards et sont prêtes face à ce nouveau compétiteur.

L’industrie du breuvage agit ainsi à titre de précurseur dans le domaine puisqu’elle a beaucoup à perde avec la légalisation des produits comestibles à base de cannabis. Aux États-Unis, plusieurs entreprises brassicoles avaient perdu des parts de marché lorsque les produits comestibles étaient devenus légaux dans certains États américains. En effet, plusieurs consommateurs ont été tentés de remplacer leur boisson favorite par un produit comestible contenant du cannabis.

Perception et malaise du marché face au cannabis alimentaire

Mais en attendant cette deuxième phase de légalisation, les autres transformateurs semblent vraiment moins pressés à profiter de la possible manne.

En plus de ne pas croire à la valeur ajoutée du cannabis dans leur produit, 65% des entreprises sondées sont inquiètes des risques que pose le cannabis pour les enfants. Il ne faut pas oublier que l’industrie alimentaire craint les alertes et rappels qui peuvent détruire une marque ou une entreprise en un clin d’œil.

Cela étant dit, 16,4 % des entreprises recensées projettent tout de même de lancer un produit infusé de cannabis… éventuellement. C’est quand même peu, considérant la couverture médiatique qu’on en fait depuis les dernières années et lorsque l’on connaît la demande actuelle pour ce type de produit.

Pourtant, il suffit aussi de se rendre au Colorado, où l’on peut acheter du café, du thé, des chocolats, des bonbons ou encore des croustilles au cannabis, pour constater que la marijuana peut être consommée sous plusieurs autres formes. La vente de ces divers produits et l’intérêt grandissant qu’ils suscitent chez nos voisins du sud témoignent d’une tendance qui pourrait être similaire au pays… si les producteurs d’ici décident d’emboiter le pas.

Savoir profiter de la différence

Bref, le cannabis n’est pas un ingrédient comme un autre. Il est différent, unique et il a un bagage sociopolitique qui ne laisse personne indifférent.

Est-ce qu’un jour notre société aura une relation différente avec le cannabis, allant à le considérer comme un ingrédient alimentaire ? Pour l’instant, il faut s’attendre à ce que ça se fasse à petites… doses!

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