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Le cannabis dans notre assiette – Partie 1

Cannabis alimentaire

Crème glacée, limonade sucrée… dis-moi le nom du produit de cannabis que je pourrai consommer?

Il y a un an, le Canada devenait le premier pays du G7 à légaliser le cannabis non médicinal. Un an plus tard, les consommateurs québécois intéressés attendent de pouvoir se procurer les nouveaux produits comestibles à base de cannabis. Ça ne se fera peut-être pas comme ils l’auraient espéré. | Par l’équipe de LE must en collaboration avec Sylvain Charlebois

Plus de trois Canadiens sur 10 semblent prêts à faire l’essai des produits qu’on pourrait leur proposer sur les étals de leurs magasins d’alimentation ou sur le menu de leurs restos préférés. C’est ce que démontrait une étude de l’Université Dalhousie réalisée en 2017 qui indiquait que 39% des gens interrogés se disaient prêts à commander une boisson au cannabis ou un plat cuisiné avec de la marijuana au restaurant. De nouvelles données fournies par la même université, laissent savoir que 35,9% des Canadiens achèteraient également des produits comestibles du cannabis légaux.

Le cannabis, un marché qui a du potentiel, mais…

La firme de conseil Deloitte confirmait récemment ces données. Celle-ci estime que la valeur du marché canadien des boissons au cannabis à 529 M$ par année. Selon un sondage qu’elle a mené auprès de 2000 personnes, 37% des Canadiens ont l’intention d’y goûter.

Mais, il y un plusieurs « mais »! D’abord ce n’est pas le 17 octobre que se retrouveront les produits comestibles du cannabis sur les tablettes tel que l’avait prévu le projet de loi fédéral. En effet, Santé Canada a annoncé qu’ils ne le seraient pas avant la mi-décembre.

Mais ce n’est pas tout. Si vous aviez espoir de croquer dans une tablette de chocolat au cannabis au Québec, vous devrez la confectionner vous-même ou vous rendre dans une autre province canadienne pour vous la procurer. En effet, le gouvernement provincial annonçait, il y a quelques mois que les friandises au cannabis ne feraient pas leur apparition sur les tablettes de la SCQDC, toujours l’unique distributeur autorisé en matière de cannabis au Québec.

Des mesures préventives pour les uns, privatives pour les autres

Le gouvernement du Québec juge, en effet, que les mesures en lien avec la légalisation des produits comestibles annoncées par le gouvernement canadien sont insuffisantes. « Pour réduire les risques d’intoxication involontaire chez les enfants, nous proposons d’interdire la vente de produits attrayants pour ceux-ci comme le chocolat ou les jujubes », avait annoncé le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant durant l’été.

Dans ces conditions, il devient difficile de prédire sous quelle forme les produits du cannabis comestibles seront présentés aux consommateurs québécois lorsqu’ils seront disponibles. «On va déployer une offre en fonction de la position du gouvernement », a fait savoir Fabrice Giguère, porte-parole de la SQDC en entrevue au Journal de Montréal en indiquant qu’aucun équipement n’avait encore été acheté pour l’aménagement de ces produits dans leurs succursales.

Préférences des produits « comestibles » contenant du cannabis des consommateurs potentiels (selon un sondage effectué auprès de 2000 Canadiens par la firme-conseil Deloitte) :

  • Biscuits 50%
  • Brownies 49%
  • Jujubes et chocolat 48%
  • Caramels 32%
  • Fruits séchés, noix et granola 25%
  • Miel, sucre et édulcorants 21%

Produits légalisés et autorisés pour la vente par Ottawa (mis en vente en décembre 2019)

  • Boissons et produits comestibles au cannabis contenant un maximum de 10 mg de THC
  • Extraits de cannabis (liquides à vapotage, hachisch) contenant un maximum de 1000 mg de THC par emballage
  • Produits topiques (crèmes, savons) contenant un maximum de 1000 mg de THC par emballage

Un monopole qui dérange

Ce monopole de distribution fâche les épiceries et dépanneurs qui aimeraient démocratiser l’offre de ces futurs produits pour les rendre accessibles à leurs consommateurs. « Si le gouvernement est prêt à discuter avec nous, c’est certain qu’on serait prêt à avoir des produits dans nos magasins », a déclaré Stéphane Lacasse, responsable aux communications à l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA) sur les ondes de TVA. Son homologue Yves Servais de l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec tient le même discours. «C’est un dossier qu’on regarde de près. Nous avons un intérêt. »

Sachant qu’il sera incapable de vendre du cannabis au Québec, il n’est pas surprenant que . «le géant du dépanneur québécois Couche-Tard ait pris la décision d’investir massivement dans un réseau de boutiques en Alberta, en Saskatchewan et en Ontario, ainsi que dans une plateforme numérique de vente Nous croyons d’ailleurs que Couche-Tard aspire à devenir un détaillant important de cannabis à des fins récréatives au Canada, où la vente privée est permise », a fait savoir l’analyste de la BMO, Peter Sklar au Journal de Montréal.

Les particularités de la loi au Québec

Interdit : La vente de friandises, confiseries, desserts, incluant le chocolat, et tout autre produit au cannabis jugé attrayant pour les mineurs.

Pas autorisé pour le moment : La vente de cannabis à usage topique.

Limitation : La concentration en THC d’un produit de cannabis comestible sous forme solide sera limitée à 10 mg par emballage et à 5 mg par portion distinguable. La concentration en THC d’un produit de cannabis comestible sous forme liquide sera limitée à 5 mg par emballage.

Exception : La vente d’extraits de cannabis sera autorisée, sauf s’il y a ajout d’additifs ou d’autres substances destinées à modifier l’odeur, la saveur ou la couleur, et que la concentration en THC dépasse 30 %.

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